LA CONCLUSION

par SIMON
samedi 6 décembre 2014
par Collectif TRANSVERSEL, Daniel D.
popularité : 9%

Qu’est ce que c’est le pouvoir ?

Le pouvoir, c’est une relation, un rapport. Soumission et domination sont les deux faces de la même médaille. Notre asservissement réside dans notre acceptation du rapport de pouvoir. Accepter ce rapport, c’est également se laisser façonner, modeler dans un certain mode de relation aux autres, dans un rôle.

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Il n’y a pas un pouvoir qui nous domine (l’Empire, le Système, le Capitalisme) mais une multitude de dispositifs que nous bâtissons nous-mêmes tels les dispositifs de conjugalité et la famille.

Et l’aliénation, c’est quoi ? L’aliénation, c’est l’étrangeté à l’autre, la séparation, la destruction de nos liens, la disparition du commun. Dès lors que les liens sont anéantis, les rapports de domination, d’exploitation, de violence peuvent s’étendre.

De l’étrangeté aux autres à l’étrangeté à soi, il n’y a qu’un pas, que la société occidentale a déjà franchi.

L’aliénation nous traverse désormais de part en part : ce sont les séparations du corps et de l’esprit, de la vie privée et de la vie publique. Dans cet univers de rapports, je me retrouve seul contre tous et même en guerre contre moi-même (mes défauts, mes kilos en trop, mes mensurations).

Pour combler notre solitude, il y a les communautés terribles (bandes de potes, de supporters, familles élargies, groupes militants...). Elles se construisent dans un double mouvement d’unification (autour d’une idéologie, d’une identité, d’une mode ou de leaders) et de séparation (stigmatisation des ennemi-e-s, de celles et ceux qui ne sont pas membres de la communauté). Cette double pensée est aussi celle de la morale et de la domination. Elle imprègne la pensée occidentale et développe simultanément l’individualisme (le chacun pour soi) et le communautarisme.

L’occident se maintient et s’étend notamment sur cet équilibre monstrueux.

Notre avenir est tout tracé et c’est bien cela le problème : une carrière, une destinée, un rôle de père ou de mère. Nous sommes emprisonné-e-s sur des lignes dures qui nous assignent une fonction sociale.

La résistance même la plus radicale fait partie intégrante du réseau de pouvoir. Elle sert de saillie pour une prise, de vis-à-vis. Protester, militer, s’opposer, revendiquer, c’est déjà reconnaître et donner corps aux dispositifs que nous critiquons.

De plus, les groupes militants ont tôt fait de mimer les dispositifs en produisant leurs propres morale, rôle, hiérarchie informelle et valorisation. Les organisations révolutionnaires s’établissent en communautés terribles et en dispositifs de contre-pouvoir aussi parce qu’elles se fondent sur la même double pensée occidentale qui unifie (le parti) après avoir séparé ami-e-s et ennemi-e-s. Elles se donnent les moyens (jusqu’à la lutte armée) d’accéder à leurs fins (la révolution) car, comme tout système de domination, elles ont préalablement figé les objets et les êtres comme de purs moyens dans leur stratégie et programme politiques. C’est parce que l’action politique reconnaît les pouvoirs dominants et les reproduit simultanément qu’elle est une double impasse.

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Si le pouvoir est une relation, alors il ne tient qu’à moi de la fuir ou de la renverser.

S’insoumettre, c’est refuser de continuer à tenir son rôle dans le rapport de pouvoir. C’est parce qu’il n’y pas un seul système mais une multiplicité de dispositifs qu’une multitude de désertions sont possibles. Si quitter tous les dispositifs semble irréalisable, chaque dispositif a pourtant son en-dehors. Et donc, il y a toujours espoir de pouvoir fuir tel ou tel dispositif.

Maintenant si l’aliénation tient dans notre étrangeté à l’autre, alors l’émancipation se construit sur la connaissance de l’autre. Et c’est donc par la rencontre, l’écoute, et la confiance en l’autre que peut se renverser un rapport de pouvoir. Le problème, ce n’est pas l’autre, au contraire, c’est grâce à l’autre que nous nous émancipons. C’est en renouant du lien que nous propageons du commun. Si un dispositif est si violent et autoritaire qu’aucun renversement n’est possible, alors il nous faut fuir, déserter. Mais face à l’Etat ou la famille qui nous attendent au tournant, il nous faudra nouer des complicités, nous organiser à plusieurs pour pérenniser nos désertions. Dans un cas comme dans l’autre, l’émancipation est définitivement un processus collectif.

Par ailleurs, l’aliénation traverse désormais nos existences de part en part, l’auto-répression , le rôle, la pensée-qui-sépare et unifie, les normes sont en moi et me figent en sujet. Une grille de lecture strictement politique n’est plus capable de saisir la complexité de nos aliénations. En questionnant tous les rapports de pouvoir, aussi bien ceux de la sphère privée que ceux de la sphère publique, nous abordons la critique du pouvoir sous un angle éthique. Et, à la différence de la morale, l’éthique ne distingue plus le bien, ni le mal. Elle ne juge pas mais oriente l’action. En prenant position dans la vie quotidienne nous élaborons des modes de vie en rupture de ceux de la société de consommation. « L’enjeu est celui du maintien et du renforcement ou non de ce que je suis, de ce à quoi je rêve » (En finir avec la mort)

Car, pour faire face aux infrastructures des dispositifs de pouvoir, il va nous falloir faire preuve d’imagination et de ruse. Il n’y a plus de clivage entre ami-e-s et ennemi-e-s. Un plan d’émancipation ne peut plus se bâtir comme un programme politique ou une stratégie militaire. C’est à nouer des complicités avec celles et ceux qui nous semblent les plus étrangèr-e-s que nous cisaillons au mieux les dispositifs de pouvoir. S’il y a une ennemie à abattre, c’est avant tout l’étrangeté à l’autre, la pensée duale qui cherche à nous séparer des autres. Le défi qui se présente à nous est à la fois éthique et collectif. Notre émancipation se joue d’abord au niveau de nos relations.

Non pas qu’il ne faille pas également s’organiser matériellement en nous réappropriant savoir-faire et espaces. Mais être attentif à la nature de nos relations, être à l’écoute de l’autre, ruiner l’émergence des rapports, se positionner de manière éthique et non plus morale, refuser le dualisme de la pensée qui sépare, c’est peut-être ce qui permettra à nos collectifs de ne pas basculer en communautés terribles. Nos fuites se poursuivent tant qu’elles ne basculent ni dans le chacun pour soi, ni dans le communautarisme. Le commun à bâtir n’est donc pas un modèle de collectif mais une multitude de liens, de complicités, de solidarités concrètes et de tribus mobiles à géométrie variable.

Entre la répression de l’Etat, l’auto-répression de mes peurs et préjugés, le risque de rabattement sur de nouveaux dispositifs est celui de basculer en micro-fascisme (communauté terrible) ; la fuite nous ramène à un art de la navigation. Il n’y a plus de route toute tracée ni de carrière, car nous traçons au jour le jour notre avenir individuel et collectif. L’émancipation n’est pas un programme mais une expérimentation permanente. La fuite n’est donc pas une fin-en-soi qui se résumerait à la suite de tous les dispositifs (Ce sont des passages furtifs par des dispositifs qui pourront parfois propulser nos plus belles désertions.) Il n’y a pas de fins à réaliser par des moyens mais un processus expérimental dans lequel pas l’un sur l’autre. A la réalisation de projets et objectifs, nous ne soumettons plus la richesse des moments partagés. Nous sortons dès lors du bourbier de la pensée politique pour élaborer une perspective anti-politique : la perspective rupturiste, sécessionniste. Il n’y a plus une utopie (la révolution) à atteindre en se donnant des moyens, mais un processus sans fin d’émancipation.

Ce dont je parle est bien réel. Squats, récup’, désertions déscolarisation, auto-constructions, , chantiers collectifs, potagers collectifs, espaces autogérés, caravanes permanentes, vols organisés, fraudes, réappropriation de savoir-faire, déconstruction des genres, prises de décision au consensus, auto-médication, réparation de vélos, infokiosk et diffusions pirates,...

Des expériences et pratiques rupturistes comme celles-ci ont toujours exister car les dispositifs de pouvoir sont des tuyaux qui fuient par tout les bouts ; la désobéissance est aussi vieille que l’obéissance et elle a encore de beaux jours devant elle.

C’est sur toutes ces pratiques rupturistes que s’élaborent nos émancipations, que nous traçons ensemble nos lignes de fuite. Et, croyez-moi, ces expériences collectives sont autrement plus riches et passionnantes que tous les loisirs et gadgets de la société de consommation.

Juillet 2006 par SIMON.


En décembre 2014 , le Collectif Transversel , un peu en vacances depuis le mois de juillet dernier vous propose de republier la conclusion du texte de SIMON , écrit en 2006.

Si vous désirez le texte intégral de cette réflexion . " RUPTURE" il vous suffit de le commander à Association Transversel, Péchely 24290 Valojoulx (Franco contre 6 Euros en timbres-postes)

Et bien sûr venez participer à la reflexion , en 2015, ce sera l’année TRANSVERSEL. avec la rencontre près de Clermont Ferrand du J.E.U. où nous serons présent.


Commentaires

Logo de Collectif TRANSVERSEL
dimanche 7 décembre 2014 à 09h59, par  Collectif TRANSVERSEL

Déjà près de 3000 visites ...pour cette conclusion sur le pouvoir...
Le site de Transversel est très suivi en ce moment et en 2015 nous ferons tout pour le développer...Bien sûr ce site est participatif et nous vous encourageons à en devenir rédacteur... !
C’est simple , il suffit de s’inscrire et d’écrire... !!!

Logo de webmaster de Lumières
lundi 21 janvier 2008 à 16h11, par  webmaster de Lumières

L’ARGENT NE VAUT RIEN. Là n’est pas le problème !
La monnaie ? C’est une simple unité de valeur ! du virtuel, des petits sous ou du papier qu’on peut brûler ! Le pouvoir, c’est du culot avant tout !
Montesquieu disait que, aussitôt qu’un homme accède au pouvoir, la tentation c’est d’en abuser. Et on sait qu’ils en abusent... Sarkozy le premier ! Mais pour en avoir beaucoup, il faut être un escroc, comme ces messieurs de la "haute finance"....

Nous sommes manipulés pour obéir et surtout ne pas faire violence à ceux qui gouvernent !

Site web : Abstentionisme
Logo de bromelialove
jeudi 27 septembre 2007 à 08h12, par  bromelialove

Bonjour,

C’est toujours profitable d’avoir accès à ce type de réflexion et je trouve que le Web en lui même est un vaste reseau d’échangede connaissance ou d’opinions et permet d’évoluer et d’echapper au pouvoir qui veut formater notre systeme de penser, notre cerveau.
cependant l’argent ne peut-il pas être un élément valable dans certains cas d’echange quand on ne peut rien proposer d’autre et que l’on a besion d’un objet ou d’un service ; l’argent pourrit-il vraiement tout ?
Merci de me donner votre avis.
cordialement

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