VIVA FAVELA

par Mylène Rémy
dimanche 16 janvier 2011
par Collectif TRANSVERSEL
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Joaquim Melo a publié en 2009 chez Michel Lafon avec la collaboration d’ Elodie Becu et Carlos de Freitas un témoignage dont le sous-titre est éloquent : « Quand les démunis prennent leur destin en main ». Tout est dit … ou presque. Mais c’est ce presque qui rend ce livre exceptionnel.

En 1981, ce jeune séminariste brésilien entre en contact avec deux prêtres, « moines-soldats », qui estiment que l’Eglise doit aider les plus pauvres à s’en sortir.

Le jeune homme vit d’abord sur une décharge en compagnie de ceux qui n’ont rien, puis est envoyé dans une favela dont le dénuement est d’autant plus révoltant qu’elle se situe à 20 km d’une ville touristique du nordeste brésilien où abondent les beaux hôtels.

Elle-même occupe une vaste cuvette inondée chaque année pendant plusieurs mois par des pluies torrentielles qui détruisent les fragiles cahutes d’argile et de bois. Pas d’abri possible, pas d’eau potable, des dizaines d’enfants et d’adultes décimés par ces terribles conditions d’hygiène.

Joaquim est un passionné, d’abord voué à l’amour de Dieu. Mais pour lui l’amour de Dieu n’existe pas sans l’amour des hommes et c’est ce qui ne va pas tarder à le dévorer. D’association en association, de démarches en démarches tous azimuts, ce petit homme maigrelet va remuer des montagnes. Il convainc une ONG allemande de lui confier l’argent nécessaire à la réalisation d’un drain géant assainissant définitivement la favela , à condition que les travaux soient entièrement réalisés par lui et ses compagnons. Ensuite, après des années de lutte, il décide enfin l’administration à faire venir l’eau potable dans les maisons du quartier, désormais construites en dur et non inondables et assurer des transports corrects à ceux qui travaillent à 20 km de là. Ce n’est qu’un début. Cet homme passionné est aussi logique que têtu ! Qu’est-ce qui cloche encore autour de lui : la pauvreté. Il faut donc à la fois favoriser l’émergence de petits métiers et les clients pour les faire vivre.

Il n’y a qu’à créer une banque pour accorder des micro-crédits à la fois aux producteurs et aux consommateurs.

Une banque ? Avec quoi ?

Il va réussir le tour de force d’amorcer la pompe avec une misérable somme qu’un bon samaritain va lui prêter. « Je ne savais pas ce qu’était le stress avant d’ouvrir cette banque, dit-il. Depuis je ne sais pas ce que c’est que de ne pas être stressé ».

Et pourtant jamais il n’aura à la fermer cette banque misérable qui fera vivre les plus misérables. Ce sont eux qui justement ont à cœur de rembourser les quelques sous prêtés. Et s’ils se trouvent momentanément gênés, la banque renégocie la dette … le tout à des taux dérisoires.

Pas de sub-primes ici ! Joakim va-t-il s’arrêter ? Bien sûr que non : ce commerce qui grandit, il faut qu’il profite à la favela et que l’argent généré n’aille pas engraisser les beaux quartiers. Il lance donc une monnaie locale, convertible en monnaie nationale pour permettre l’achat des produits extérieurs indispensables, mais uniquement valable sur place à Conjunto Palmerias, devenue quartier honorable de la ville de Fortaleza. Et cette petite banque qui faisait ricaner les gens sérieux gère maintenant environ 2 millions de réais (la monnaie brésilienne).

Ne croyez pas que cette histoire soit un beau conte de Noël : 46 banques communautaires bâties sur le même modèle que la Banca Palmas ont surgi dans tout le Brésil et même au-delà.

Le « fou de Dieu » était tout sauf fou !


Pour en savoir plus...

http://www.bastamag.net/spip.php?ar...

Article transmis avec son autorisation par Mylène R.

http://leblogdemylene.centerblog.ne...


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