Le net ou l’anarcho-communisme réellement existant

lundi 1er février 2010

Le net ou l’anarcho-communisme réellement existant

Nous sommes de plus en plus à nous en apercevoir. L’avenir de l’Internet n’est en rien assuré. Pour la première fois de son histoire, il est même désormais directement menacé.

Alexis par exemple nous averti : "On ne prête pas assez attention à cela, au risque de casse de l’Internet, on oublie un peu vite que beaucoup de ces certitudes sur lesquelles les profonds changement sociaux et économiques de la Société de l’Information sont basés ne sont pas aussi solides qu’on le pense." Daniel Kaplan de son côté, nous explique en détail les risques de sa destruction.

Car le net fut longtemps ignoré des pouvoirs traditionnels, se développant de sa propre vie.

Mais le net est désormais sorti de sa sphère, et manifeste ses effets partout, sur la politique et l’économie. En développant des forces et des logiques nouvelles au sein de la vie sociale, il entre en concurrence directe avec les pouvoirs traditionnels de l’Etat et du marché.

Les réactions immunitaires de ces pouvoirs établis se mettent donc tout naturellement en place. Comme tout système, ils ne céderont pas leur puissance sans coup férir. Ils n’accepteront pas non plus de voir échapper leur emprise. La réaction se met donc en place. Leur objectif est de soumettre entièrement les forces nouvelles libérées par le net à leur propre logique. Chacun, avec ses principes propres, tente de soumettre le net à ses formes de contrôle. Surveillance, identification, filtrage pour les Etats, contrôle de toute l’infrastructure, des tuyaux comme des machines, pour le marché. Que rien ne puisse filtrer qui ne soit pas passé par leur censure ou leur péage. Qu’aucune vie sociale ne puisse se construire sans qu’ils ne l’autorisent. Dans tous les cas, leur victoire ne sera possible qu’en dépossédant les réseaux de leurs forces.

L’Etat comme le marché trouvent en eux-mêmes la justification suffisante au refus de l’autonomie du réseau. Sans résistance, les espaces de libertés conquis, les formidables forces de production libérées par le net, seront reconquis par ces pouvoirs désormais qu’ils s’y intéressent. L’âge d’or de l’internet, quand il se développait de sa propre vie sans trop de gêne, est bien fini. Produire et échanger librement, sans trop se soucier d’autres choses, ne suffira plus. Pour tout ceux que l’avenir du net importe, il faut désormais apprendre à s’organiser, développer des formes de conscience et d’action collective efficaces, sans quoi cette liberté même de produire et d’échanger ne sera pas défendue mais perdue. L’heure est donc sans doute venue, pour le réseau, de montrer qu’il est aussi capable de prendre conscience du combat politique qu’il ne pourra éviter de mener.


Les raisons ne l’antagonisme sont profondes et il ne faut pas les sous-estimer si l’on veut prendre la mesure de la force des tensions durables qui s’annoncent entre ce nouveau pouvoir et ceux, traditionnels, de l’Etat et du marché.

Comme le résume Richard Barbrook et le collectif transversel d’une fort bonne expression dans L’économie du DON "High Tech", Le Net, est "l’anarcho-communisme réellement existant" :

"Beaucoup de gens sont convaincus, au contraire, que le capitalisme néolibéral américain correspond à la « fin de l’histoire » hégélienne. Et pourtant, c’est précisément en ce moment même qu’une forme d’anarcho-communisme réellement existante est en cours d’élaboration au sein du Net."

Joël de Rosnay et Carlo Revelli, en France, n’en sont pas très loin non plus quand il parle dans leur livre récemment paru de la révolte du pronétariat.

Bien-sûr, le terme d’anarcho-communisme ne conviendra sans doute pas à beaucoup. Et en effet le net n’a pas eu besoin de se revendiquer de ces héritages politiques pour se développer. La référence peut donc sembler inutile. L’intérêt est pourtant de désigner la réalité de fait d’un "anarcho-communisme" REELLEMENT EXISTANT, et qui heurte donc de front les logiques même de l’Etat et du marché, puisqu’il en constitue la négation même. Ces 3 sphères entrent donc désormais en rivalité et en guerre sans que l’on puisse dire encore où s’arrêtera le partage des frontières.

L’intérêt est donc de bien poser la question de l’utilité et de la justification de l’Etat et du marché parmi ces forces sociales nouvelles. Il ne s’agit donc pas de nier l’utilité de ces sphères, ou de poser l’anarcho-communisme radicalement comme objectif indiscutable et illimité. Il s’agit plutôt de reposer aujourd’hui la question de ces puissances, et de valider l’hypothèse, que le net a démontré chaque jour jusque là, que leur pouvoir n’y est peut-être pas nécessaire. Qu’il y est même nuisible. Que l’Etat et le marché doivent par conséquent être maintenus en ce domaine dans un rôle, non pas nul, mais pour le moins subordonné.

Mais globalement pour l’Etat et le marché, la question ne se pose pas, et ils ne sauraient admettre de ne pas être présents non seulement dans les nouveaux territoires que le net a ouvert, mais aussi sur leurs propres terres, aujourd’hui que le net pénètrent l’ensemble de la vie sociale.

Ainsi passe la gloire du monde...

Lire et visiter aussi le site du livre sur le Pronetariat

Qu’est-ce que le pronétariat ? Joël de Rosnay : J’ai créé ce terme par référence au célèbre prolétariat. J’ai construit ce mot à partir du Net, les pronétaires étant ceux qui sont pour et sur le Net. J’ai voulu ainsi montrer la montée de ce que j’appelle les médias des masses, qui s’opposent aujourd’hui aux mass media. Il y a aura certainement une complémentarité entre les deux dans l’avenir, mais aujourd’hui, deux modèles économiques s’affrontent. La création de ce terme et sa signification exacte sont décrites sur le blog du livre : www.pronetariat.com.

Ajout 2010..

J’appelle « pronétaires » ou « pronétariat » (du grec pro, devant, avant, mais aussi favorable à, et de l’anglais net, qui signifie réseau et est aussi l’appellation familière en français d’Internet – le « Net ») une nouvelle classe d’usagers des réseaux numériques capables de produire, diffuser, vendre des contenus numériques non propriétaires, en s’appuyant sur les principes de la « nouvelle nouvelle économie ». C’est-à-dire capables de créer des flux importants de visiteurs sur des sites, de permettre des accès gratuits, de faire payer à bas prix des services très personnalisés, de jouer sur les effets d’amplification… « Professionnels amateurs » (ou « pro-ams »), ils utilisent pour cela des outils analogues à ceux des professionnels et facilement accessibles sur Internet. Il s’agit d’usagers, d’internautes, de « blogueurs », de citoyens comme les autres, mais qui entrent de plus en plus en compétition avec les infocapitalistes traditionnels, auxquels ils ne font plus confiance, pour s’informer, écouter de la musique, voir des vidéos, lire des livres ou communiquer par téléphone. Cela en raison des coûts trop élevés des produits et services proposés et de leur accès difficile pour les moins favorisés. Joel de Rosnay



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